MOUVEMENT DEMOCRATIQUE SOCIALE ET LAIQUE (MDSL)
  La chronique de Mohamed Benchicou,
 
Hachemi Chérif : la solitude de l'amant de Mohamed Benchicou d’août 2007 lu par un membre fondateur du Mouvement Démocratique Social et Laïque (MDSL), à l’occasion de la cérémonie de recueillement au cimetière de Miramar de Saint-Eugène le dimanche 2 août 2009, pour célébrer le quatrième anniversaire de la disparition du regretté Hachemi Chérif.
 
 

Aujourd'hui, au-dessus de sa tombe se pencheront quelques amis infaillibles, le parfum du myrte et la brise voisine d'une mer désabusée. Exercer un contre-pouvoir ? Hachemi Chérif avait donné, à sa manière, les deux secrets de l'opposant en phase avec son époque : être à la fois amant et guerrier de sa terre. Amant qui accepte de tout subir pour lui épargner la dégradation définitive qui se trouve dans la soumission et la servitude. Amant de sa terre pour savoir la juger de l'intérieur, se confondre avec elle, la bousculer de ses colères, non pour ajouter à son insupportable malheur, mais pour désigner, comme dit l'écrivain, dans les murs contre lesquels elle butte depuis cinquante ans, des portes qui pourraient s'ouvrir. Amant de sa terre pour savoir qu'il n'est pas assez de critiquer son temps, il faut encore essayer de lui donner une forme et un avenir. C'est pourquoi Hachemi n'oubliait pas d'être guerrier devant la tragédie : il avait choisi de décrire le siècle de son peuple en regardant dans les yeux ses deux démons : l'intégrisme et le pouvoir corrompu. Et de les affronter simultanément dans l'espoir qu'ils desserrent leurs crocs. C'était son combat. Il faut, je crois, pour cela, pour être amant et guerrier de sa terre, ne pas supporter le malheur des humiliés et redouter qu'ils ne désespèrent pour toujours et nous avec eux. On savait Hachemi capable de cette exceptionnelle générosité. Ce qu'on sait moins, c'est la valeur qu'il avait lui-même à ses propres yeux. Car pour vraiment aimer sa terre et les hommes, il faut aussi avoir une vraie estime de soi, et au juste prix. Et quel est le prix de l'homme qui détourne la tête aux cris de la victime et qui, devant l'injustice, consent à baisser le front ? Hachemi est mort après avoir passé une vie à se mesurer à cette question. C'est pourquoi il a vécu dans la solitude de l'amant et du guerrier. Face aux connivences massives de notre temps, face aux machiavélismes, face aux pédantismes intellectuels, aux esprits corrompus et aux frivolités courtisanes, face à tous ceux-là qui n'ont mis que leur fauteuil dans le sens de l'histoire, Hachemi était bien seul. Seul à aimer l'Algérie comme on ne l'aime plus aujourd'hui. Ce matin, au-dessus de sa tombe se pencheront donc quelques amis infaillibles, le parfum du myrte et la brise voisine d'une mer désabusée. Hachemi, parti depuis deux ans (aujourd’hui cela fait quatre ans –correction du lecteur de cette chronique-), n'en finit pas d'épuiser sa solitude sur cette terre livrée aux voracités des puissants et aux trahisons des clercs, aux voix asservies, aux soupirs de désespoir et aux calembredaines des encenseurs. Comme s'il était encore trop tôt pour se rappeler de l'incroyable réalité de ses pressentiments, encore trop tôt pour nos naufrages, trop tôt pour s'alarmer d'une noyade qu'il avait décrite pour nous, encore trop tôt pour réaliser l'ampleur de ses prémonitions. Trop tôt ou trop accablant, trop lourd, trop ruineux... J'allais dire trop cher... Mais dans l'écorce rugueuse des hypocrisies, Hachemi Chérif, par la persistance de ses refus et la pureté de ses obstinations, aura imposé, plus que des idées, l'existence du fait moral dans la politique : on peut aimer sa terre pour elle-même. Et mourir pour soi. Le genre de combat, comment vous dire, qui mérite qu'on soit seul... 
 
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